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«J’ai une vertèbre déplacée» et cinq autres idées reçues sur le mal de dos

«J’ai une vertèbre déplacée» et cinq autres idées reçues sur le mal de dos

Deuxième motif de consultation en médecine générale, le mal de dos est très répandu. Il fait l’objet d’idées reçues profondément ancrées qu’il faut déconstruire pour ne pas passer à côté des bonnes solutions.

Au cours de leur vie, 8 personnes sur 10 en souffriront au moins une fois. Les causes de ce mal et les solutions pour y remédier sont mal connues du grand public, ce qui explique que de nombreuses idées reçues persistent. «On m’a remis une vertèbre en place, j’y retourne le mois prochain» ; «J’ai arrêté de faire du jogging, c’est mauvais pour mon dos» ; «Je préfère rester allongé pour ménager mon dos». Bien des personnes souffrant du dos se reconnaîtront sans doute. Et pourtant, toutes ces idées peuvent aggraver leur état. En voici six à déconstruire afin de corriger certains comportements néfastes et ainsi, mieux prendre en charge sa douleur.

Idée reçue n°1: «Le mal de dos est toujours dû à une blessure ou une lésion»

Une douleur au dos n’est pas systématiquement due à une lésion (hernie discale, dégénérescence discale, arthrose…). Au contraire, beaucoup de personnes ont ce type de lésions sans le savoir et sans pour autant ressentir de douleurs. Une étude publiée en 2015 dans l’American Journal of Neuroradiology a ainsi montré que parmi les personnes ne se plaignant pas de douleur du dos, un tiers a une hernie discale et 80% ont des anomalies des disques.

Dans la majorité des cas, les examens d’imagerie médicale telle que l’IRM et la radiographie ne permettent pas d’identifier la cause des souffrances. «Seuls 5 à 10% des personnes qui se plaignent de leur dos vont avoir un diagnostic basé sur ces examens», souligne Éric Bouthier, kinésithérapeute et auteur du blog «Comprendre son dos».

«L’hypersensibilité d’un nerf, c’est un peu comme si un système d’alarme incendie se déclenchait alors qu’il n’y a pas de feu.»

Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur

«La plupart des douleurs lombaires sont invisibles à l’imagerie médicale», abonde le Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). «Cela peut être lié à une contracture musculaire ou encore à des problèmes au niveau d’un ligament ou d’un nerf». Dans tous les cas, les nerfs sont impliqués car ce sont eux qui transmettent le message douloureux au cerveau. Quand ils sont stimulés, comprimés ou le siège d’une inflammation, une douleur peut se manifester. «Il arrive aussi que des nerfs deviennent hypersensibles: un tout petit stimulus va alors produire un message douloureux, explique le médecin. C’est un peu comme si un système d’alarme incendie se déclenchait alors qu’il n’y a pas de feu.»

Idée reçue n°2: «Le remède ne peut venir que d’un thérapeute»

«Il n’existe pas de solution miracle pour remédier au mal de dos», rappelle d’emblée Éric Bouthier. «Cela nécessite de modifier ses habitudes». Pourtant, nombreuses sont les personnes qui pensent qu’un simple passage chez le kinésithérapeute, l’ostéopathe ou le chiropracteur va suffire à améliorer leur état. «Les manipulations, les massages… Ce sont des solutions de facilité», estime le Dr Bailly. «Les traitements où le patient est passif peuvent effectivement avoir un effet bénéfique à court terme. Mais à long terme, le meilleur traitement pour combattre la douleur et pour éviter les récidives, c’est d’être actif.» Exercices d’étirements, renforcements musculaires, relaxation sont autant d’outils pour améliorer son état.

«Additionner des bénéfices à court terme ne donne pas un bénéfice global à long terme», note Éric Bouthier. C’est un peu comme une piqûre de moustique: on gratte afin de soulager ses démangeaisons, mais cette sensation finit toujours par revenir», résume-t-il. Le rôle du professionnel de santé doit être de guider le patient, de lui donner des clés pour bouger sans avoir mal. «Le patient doit se prendre en charge de façon autonome, il ne doit surtout pas tomber dans la dépendance vis-à-vis de son thérapeute», insiste le Dr Bailly.

«Additionner des bénéfices à court terme ne donne pas un bénéfice global à long terme.»Éric Bouthier, kinésithérapeute et auteur du blog «Comprendre son dos»Idée reçue n°3: «Si j’ai mal, c’est parce que j’ai une vertèbre qui s’est déplacée ou bloquée»

Idée reçue n°3: «Si j’ai mal, c’est parce que j’ai une vertèbre qui s’est déplacée ou bloquée»

«Sauf si un événement très grave se produit, comme un accident de voiture, il n’est pas possible de se déplacer une vertèbre», affirme le Dr Bailly. «D’autant que si l’une de ses vertèbres se déplace, la personne a de grandes chances d’être paralysée», ajoute Éric Bouthier.

Pourtant, de nombreuses personnes sont convaincues que le craquement qui se fait entendre lors d’une mobilisation manuelle est le signe que le dos a été remis en place. «L’amélioration n’est pas due à un déplacement des vertèbres», indique le Dr Bailly. «C’est exactement comme quand on fait craquer ses doigts: il y a un bruit, ça fait du bien, mais les os ne se déplacent pas pour autant». Si les manipulations du dos présentent «peu voire pas de danger», ce n’est pas le cas des manipulations cervicales. «Chez certaines personnes, Il y a un risque qui va du simple mal de tête à une dissection artérielle qui peut, elle, entraîner un décès», met en garde le rhumatologue.

«Sauf en cas d’événement très grave, comme un accident de voiture, il n’est pas possible de se déplacer une vertèbre.»

Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur

L’impression d’avoir une vertèbre bloquée ou déplacée vient du fait qu’il y a des muscles contracturés, tendus, qui empêchent cette vertèbre de bouger normalement. Pour y remédier, il faut faire des étirements afin de libérer la tension musculaire et ainsi redonner de l’amplitude de mouvement à la vertèbre.

Comment expliquer que ce craquement soulage la douleur? «Il y a un effet sur le système nerveux végétatif dans la zone manipulée», explique Éric Bouthier. «Les muscles vont se détendre autour des articulations mobilisées et on pense que cela modifie aussi la façon dont les messages nerveux sont transmis au cerveau.»

Idée reçue n°4: «Quand on a mal au dos, mieux vaut éviter de bouger»

Beaucoup de personnes pensent que le dos est fragile, qu’il s’use au fil du temps et qu’il faut éviter de le solliciter quand il fait mal. «C’est totalement faux», assène le Dr Bailly. «C’est ce qu’on préconisait jusqu’il y a quelques années, mais on s’est aperçu qu’il faut bouger autant que possible car cela renforce les muscles. Et prendre l’habitude de bouger permet de le faire de plus en plus facilement, dans n’importe quelle situation.»

«À court terme, le repos peut être intéressant mais à long terme, c’est néfaste», ajoute Éric Bouthier. L’activité physique est l’un des meilleurs antidouleurs dont nous disposons». Ce message fait d’ailleurs l’objet d’une campagne d’information de l’Assurance maladie depuis l’année dernière («Mal de dos? Le bon traitement, c’est le mouvement»). Une application mobile gratuite (Activ’Dos), lancée au même moment, propose une soixantaine d’exercices de relaxation, d’étirements et de musculation à réaliser au travail ou à la maison. Sur son blog «Comprendre son dos», Éric Bouthier délivre également des conseils pour se libérer du mal de dos chronique.

«Le mal de dos peut être accentué par le stress: plus les gens ont peur d’avoir mal, plus ils auront mal», explique le Dr Bailly. «Il faut les rassurer et leur montrer qu’il est possible de commencer par faire certains mouvements sans douleur.»

Idée reçue n°5: «Le meilleur sport pour le dos, c’est la natation»

C’est une idée reçue très ancrée: la natation serait le meilleur sport pour le dos et la course à pied devrait être proscrite. En réalité, «toutes les activités physiques sont bénéfiques pour le dos», rappelle le rhumatologue. «Autrefois, on disait qu’il fallait privilégier la natation car ce sport n’exerce pas de contrainte sur les disques intervertébraux. Mais les disques ne sont pas à l’origine du mal de dos».

«Il y a cette idée que les impacts liés au footing useraient progressivement le dos, mais il n’existe pas de preuve que ceux qui courent ont un dos en plus mauvais état que les autres», ajoute Éric Bouthier. En 2017, une étude australienne publiée dans la revue Nature a mis à mal cette idée reçue. Les chercheurs ont comparé les IRM de coureurs et de non-coureurs. Résultat? «Ils n’ont pas trouvé que les disques intervertébraux des coureurs étaient plus abîmés que les autres», constate le kinésithérapeute.

La seule règle: y aller progressivement et surtout, régulièrement.

«Toutes les activités physiques sont bénéfiques pour le dos»

Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur

Idée reçue n°6: «Plus la douleur persiste, plus il faut aller loin dans les traitements»

«Les patients pensent souvent que plus la douleur persiste, plus cela nécessite des traitements lourds», estime le rhumatologue. Multiplication des examens d’imagerie médicale, médicaments antidouleur de plus en plus puissants, injections d’antalgiques opioïdes et opérations chirurgicales jalonnent cette escalade thérapeutique.

«Les médicaments ne permettent qu’une petite diminution de la douleur. Ce sont des aides ponctuelles, qui peuvent permettre de faire une séance de kinésithérapie ou de sport», indique le médecin. «Mais ça ne doit pas être la seule ressource de traitement car aucun médicament ne sait décontracter un muscle sur le long terme.»

Dans la plupart des cas, la chirurgie n’est pas non plus la solution: «Beaucoup de patients se font opérer pour leur hernie discale puisque c’est cela qui a été repéré à l’IRM», indique Éric Bouthier. Même si une chirurgie peut être indiquée dans certaines situations (en urgence dans de rares cas, ou pour certains patients avec une douleur persistante), il n’est pas rare que des douleurs persistent après la chirurgie.

«Quand la douleur persiste, il existe des programmes intensifs de réentrainement à l’effort, qui alternent des séances avec différents professionnels de santé. Il faut penser à ce type de solution et, bien sûr, à l’activité physique, plutôt que de systématiquement sortir l’artillerie lourde», conclut le Dr Florian Bailly.

Faut-il réellement garder le dos droit quand on soulève un objet ?

Par Eric Bouthier, kinésithérapeute et auteur du blog spécialisé dans les maux de dos Comprendre Son Dos. http://www.bodyscience.fr/?Faut-il-reellement-garder-le-dos

Introduction

Vous êtes sur le point de partir en vacances avec un ami, et vous relevez le plus grand défi qui soit : charger le coffre de la voiture. Vous êtes celui ou celle qui apporte tous les bagages pour que votre ami s’en occupe (suite à une partie acharnée de pierre-feuille-ciseau). Au bout d’un moment, vous vous apercevez avec effroi qu’il se penche en avant pour ramasser les valises par terre ! Vous lui dites : « Attention, il faut soulever avec les jambes, pas avec le dos, tu vas te faire mal comme ça. Plie les jambes et garde le dos bien droit ! » . Tout le monde sait bien cela, non ?

Nous allons aujourd’hui parler de la manière dont il faudrait soulever les objets légers ou lourds (notez l’usage du conditionnel). L’idée communément admise est qu’il faut garder le dos droit lorsqu’on soulève un objet. Il y a, comme toujours, une nuance à apporter à ce principe. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, soulever un objet en se penchant en avant n’est pas forcément plus dangereux.

Cela va à l’encontre de la majorité des propos tenus dans les médias, par les professionnels de santé, par les formateurs « gestes et posture » en entreprises, etc. J’assume clairement cette position, et je pense qu’une mise à jour des connaissances et des pratiques est aujourd’hui indispensable.

Ce sujet est infiniment riche et controversé. J’apporte dans cet article des éléments de réflexion qui permettent de relativiser la véracité de certaines idées reçues.

Ceux qui soulèvent plus de poids ont-ils plus mal au dos ?

Avant toute chose, que se passe-t-il sur le terrain ? De nombreuses études se sont intéressées au lien entre la manutention (le fait de soulever des charges) et la survenue de douleurs au dos.

Coenen & al [1], dans une méta-analyse, montrent que soulever des charges de plus de 25 kg et/ou soulever des charges plus de 25 fois par jour augmente le risque de mal de dos de 3% à 4% environ. Ils mettent en évidence un effet-dose entre la fréquence, l’intensité et le risque de douleur : plus vous soulevez lourd et/ou souvent, plus vous risquez d’avoir mal au dos.

L’affaire est entendue, porter des charges provoque le mal de dos ? Non ! Un certain nombre d’études arrive à la conclusion inverse. On peut citer par exemple les revues systématiques de Wai & al 2010 [2] et de Kwon & al 2011 [3] , qui ne retrouvent pas de lien de causalité entre manutention et lombalgie.

En l’état actuel des connaissances, nous savons que ceux qui doivent soulever des charges semblent plus à risque de développer une lombalgie, mais nous ne pouvons pas affirmer que c’est le port de charges qui en est responsable !

Qu’est-ce qui peut expliquer un tel flou ? En réalité, la dégénérescence des disques intervertébraux est beaucoup plus due à des facteurs génétiques qu’à des facteurs physiques tels que le port de charge (M.C. Battié & al 2009 [4]). Cette dégénérescence n’est elle-même pas forcément douloureuse (Brinjikji & al 2015 [5]).

Est-ce que tout cela vous rend un peu confus ? Ce n’est pas fini !

Les sportifs qui sont amenés à supporter des contraintes en flexion quotidiennement (comme les skieurs) ne sont pas plus sujets à lombalgie que les autres (Foss & al 2012 [6]).

Une étude montre même que les powerlifters se blessent en moyenne moins que les autres sportifs (Siewe & al 2011 [7]).

Le fait que cette relation soit obscure et controversée doit nous mettre la puce à l’oreille : il y a sûrement plus de facteurs en jeu que la simple « technique » ! Comment certains travailleurs et sportifs arrivent-ils à supporter sans souci de telles contraintes en flexion ?

La colonne vertébrale semble plus solide en position neutre qu’en flexion…

mage adaptée de blog.taoist.org

Plusieurs chercheurs en biomécanique ont évalué la résistance des vertèbres et des disques intervertébraux dans différentes situations.

Une première étude emblématique (Callaghan & McGill 2001 [8]) trouve que les hernies surviennent plus facilement en flexion qu’en position neutre et que chaque disque semble pouvoir subir un nombre fini de flexions-extensions avant de s’abîmer. Une autre étude biomécanique (Wade & al 2015 [9]) montre également que le risque de blessure est plus élevé lorsque les vertèbres sont en flexion, et que ce risque est plus grand si la contrainte survient rapidement.

Les études biomécaniques de ce genre sont relativement nombreuses, ce qui confère du poids à l’hypothèse qu’il vaut mieux éviter la flexion. Cependant, il existe un gros bémol.

Ces études sont quasiment toutes réalisées in vitro , c’est-à-dire dans un laboratoire sur des morceaux de colonnes vertébrales d’origine animale. Nous ne savons donc pas à quel point ces résultats reflètent ce qui se passe réellement à l’intérieur d’un corps humain vivant, avec ses capacités de réparation et d’adaptation !

…mais est-ce vraiment important en réalité ?

Plusieurs études trouvent que la différence de contraintes articulaires entre un squat complètement fléchi et un squat soit-disant « neutre » est négligeable.

L’étude de Dreischarf & al 2016 [10] par exemple, ne retrouve qu’une différence de 4% entre les deux techniques. Kingma & al 2010 [11] montrent que soulever avec le dos fléchi génère moins de forces de cisaillement que lorsqu’on tente de garder le dos droit !

Il existe également un certain nombre d’études (telles que Gooyers & al 2015 [12]) qui montrent que la position neutre ne protège pas d’un certain nombre de blessures. La position du rachis ne serait donc pas le facteur le plus important pour déterminer le risque de blessure.

Globalement, les études se contredisent et on peut trouver d’autres études qui concluent l’inverse. Cette hétérogénéité est suffisante pour remettre sérieusement en question l’idée que fléchir le bas du dos est plus dangereux que de garder le dos droit.

Toutefois, la chose qui m’a le plus surpris lorsque je l’ai apprise est celle-ci : il est impossible de ne pas fléchir la colonne lombaire lorsqu’on ramasse quelque chose au sol. Des chercheurs ont analysé la position de la colonne lombaire de sujets pendant qu’ils ramassaient des objets avec la « bonne technique » et d’autres avec la « mauvaise technique ». En réalité, il n’y a que 10° de différence entre les deux positions, ce qui est faible !

Même lorsque vous faites de votre mieux pour garder le dos droit en ramassant un objet au sol, votre rachis lombaire est quand même fléchi à 40° !

Enfin, si l’on reprend les résultats de l’étude de Callaghan & McGill citée plus haut, on s’aperçoit que le « processus » qui mène à la hernie discale se produit pour une amplitude de flexion très faible . Nous franchissons tous cette limite au cours de nombreuses activités de la vie quotidienne.

Autrement dit, vous ne pouvez pas éviter le soi-disant mécanisme à l’origine des hernies discales. Si on ne peut pas échapper à la flexion, pourquoi s’évertuer à l’éviter ?

« Le meilleur moyen de résister à la flexion c’est d’y céder » disait Oscar Wilde.

Je vous vois froncer des sourcils en lisant cette dernière notion. Faisons une comparaison avec le coude. Cela donnerait : « Les blessures au coude surviennent quand on plie son coude de plus de 30° de manière répétée. Or, nous sommes constamment en train de plier les coudes au-delà de 30° au cours de la journée. Il est impossible pour nous d’éviter ce mouvement ! Alors, pourquoi s’en inquiéter ? »

Dans ce cas, autant faire attention tout le temps, juste pour être sûr… non ?

Arrivés à ce stade du raisonnement, une réflexion censée serait de dire « Puisque nous ne sommes pas sûrs que la flexion est inoffensive.. autant faire attention tout le temps ! ».

Nos croyances et nos attentes influencent énormément l’apparition de la douleur.

Si vous êtes convaincus que se pencher en avant est néfaste, alors il est probable que vous ressentiez de la douleur en le faisant. Lorsque nous, professionnels de santé, disons aux patients de faire attention à leur dos, de ne pas se pencher, etc.. Nous créons des croyances négatives telles que « Mon dos est fragile et a besoin d’être protégé » . Cela fait partie de ce qui s’appelle l’effet nocebo.

Cerise sur le gâteau, nous recherchons constamment des éléments qui confirment nos opinions (le fameux biais de confirmation). De nombreuses personnes tombent ainsi dans un cercle vicieux. Ces croyances sont corrélées à plus de douleur et à de moins bons résultats de prise en charge. On peut citer ici les excellents travaux de Benedetti à ce sujet [13].

Médaille d’or 2017 du nocebo

Pour illustrer l’effet nocebo, voici une petite vidéo qui remplit parfaitement ce rôle. Lorsque vous regardez cette vidéo d’un œil non averti, que pouvez-vous en conclure d’autre que « Il ne faut surtout pas se pencher en avant, sous peine de détruire son dos ! ». Grâce à cette vidéo, vous apprendrez également que les dos peuvent exploser !

Quelles recommandations ?

Pour ramasser un objet léger, lacer vos chaussures, caresser Pantoufle votre chat, ou toute autre activité qui ne demande pas d’effort physique : inutile de faire attention.

Votre dos est fait pour cela. Il n’y a aucune raison d’essayer de maintenir le dos droit dans ces situations.

Concernant les sports et les professions qui impliquent des flexions lombaires répétées avec plus ou moins de charge (manutention), je distingue deux possibilités principales.

- Soit vous pratiquez ces activités depuis longtemps et vous n’avez pas mal au dos. Par exemple, vous aimez faire des abdominaux (sit-ups) et jusqu’ici cela ne vous a jamais posé problème. Il serait assez injuste de ma part de vouloir vous interdire cet exercice. Avoir peur de ce mouvement simplement parce qu’il entraine une flexion répétée du bas du dos avec de la contrainte (due aux contractions musculaires) serait comme avoir peur de laisser ses enfants sortir parce qu’ils pourraient se faire enlever par un inconnu. Nous sommes conscient de ce risque, mais nous le jugeons trop faible pour influencer nos choix, et on ne peut pas garder continuellement ses enfants chez soi.

- Soit la flexion lombaire est douloureuse chez vous. Votre système nerveux est probablement sensibilisé, et ce d’autant plus que cette douleur est ancienne. Dans ce cas, il peut en effet être intéressant d’éviter temporairement cette flexion pour calmer le jeu, puis ré-explorer progressivement ce mouvement (le tout en travaillant avec un kinésithérapeute).

Enfin, la question des charges lourdes est également épineuse. Je pense notamment aux charges de plus de 20-25 kg que sont amenés à manipuler certains professionnels. Tenter de garder le dos droit semble plus prudent dans cette situation. Toutefois, nous avons vu que cette attitude n’était pas suffisante pour se mettre à l’abri d’une blessure. Il faut donc avoir une approche plus globale. Éviter la flexion lombaire est donc un choix de prudence et de performance, et doit être accompagné d’autres mesures.

Par delà la technique et la position du rachis

La technique parfaite n’est visiblement ni atteignable, ni réellement protectrice.

Comment faire pour minimiser le risque de lombalgie quand on est amené à soulever des objets plus ou moins lourds ?

Plusieurs pistes raisonnables :

- Améliorer sa forme physique et sa force musculaire pour ne pas avoir à développer d’effort maximal, et améliorer la tolérance de son dos à diverses contraintes.
- Mettre à jour ses croyances à propos du dos et de la douleur : soulever des objets lourds n’est pas forcément dangereux, le dos est solide et stable, et la douleur ne signifie pas qu’il y a nécessairement une blessure.
- Expérimenter plusieurs façons de soulever des charges, retenir celles qui paraissent les plus confortables et efficaces, et les pratiquer pour habituer son dos.
- Prendre conscience de l’impact d’un style de vie sain (activité physique, alimentation, sommeil, gestion du stress) sur la santé et la douleur.
- Augmenter progressivement les charges soulevées (comme à la musculation), pour laisser le temps à votre corps de s’adapter. C’est le principe de l’exposition graduelle.
- Respecter ses sensations de fatigue. D’une part, la progression de chaque personne est unique. D’autre part, notre forme physique fluctue au fil des jours : ceci implique de ne pas en demander autant au corps chaque jour, indépendamment d’une fatigue passagère.

Il y a donc beaucoup plus de facteurs en jeu que le simple fait de « garder le dos droit » ou non. L’avantage est que cela ouvre de nouvelles perspectives de prévention, qui pourraient enfin rendre réellement efficaces les programmes de prévention des troubles du rachis, en entreprise ou ailleurs.

Références :

[1] Occup Environ Med. 2014 Dec ;71(12):871-7. The effect of lifting during work on low back pain : a health impact assessment based on a meta-analysis.

[2] Spine J. 2010 Jun ;10(6):554-66. Causal assessment of occupational lifting and low back pain : results of a systematic review.

[3] Occup Med (Lond). 2011 Dec ;61(8):541-8. Systematic review : occupational physical activity and low back pain.

[4] The Twin Spine Study : Contributions to a changing view of disc degeneration. The Spine Journal, 2009.

[5] AJNR Am J Neuroradiol. 2015 Apr ;36(4):811-6. Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations.

[6] Am J Sports Med. 2012 Nov ;40(11):2610-6. The prevalence of low back pain among former elite cross-country skiers, rowers, orienteerers, and nonathletes : a 10-year cohort study.

[7] Int J Sports Med. 2011 Sep ;32(9):703-11. Injuries and overuse syndromes in powerlifting.

[8] Clin Biomech (Bristol, Avon). 2001 Jan ;16(1):28-37. Intervertebral disc herniation : studies on a porcine model exposed to highly repetitive flexion/extension motion with compressive force.

[9] Spine (Phila Pa 1976). 2015 Jun 15 ;40(12):891-901. « Surprise » Loading in Flexion Increases the Risk of Disc Herniation Due to Annulus-Endplate Junction Failure : A Mechanical and Microstructural Investigation.

[10] J Biomech. 2016 Apr 11 ;49(6):890-895. In vivo loads on a vertebral body replacement during different lifting techniques.

[11] Ergonomics. 2010 Oct ;53(10):1228-38. How to lift a box that is too large to fit between the knees.

[12] Clin Biomech (Bristol, Avon). 2015 Nov ;30(9):953-9. Characterizing the combined effects of force, repetition and posture on injury pathways and micro-structural damage in isolated functional spinal units from sub-acute-failure magnitudes of cyclic compressive loading.

[13] When words are painful : Unraveling the mechanisms of the nocebo effect. Neuroscience, Vol 147, Iss 2, 2007, pp 260-271

Sport à haut niveau: quand l’enfant flirte avec le danger

Par Pauline Boulet,publié le 
publié le 
Dans un rapport de l'Académie de médecine publié en décembre 2018, les médecins pointent du doigt les conséquences du sport de haut niveau chez les adolescentes et les enfants.

Une prise en charge physique et psychique est nécessaire chez l’enfant qui pratique un sport à haute dose.

Une main gracieusement tendue vers le ciel, la tête et les épaules émergeant de la surface de l’eau, Apolline affiche un sourire radieux. Comme à chaque compétition de natation synchronisée, elle a noué ses cheveux en un chignon serré et assorti le maquillage de ses yeux avec son maillot de bain à sequins colorés. Sur la photo, elle exulte. « Je pouvais passer des heures dans l’eau. Ça me faisait vibrer. C’était comme un amour fou : quelque chose qui fait du bien mais qui peut faire beaucoup de mal », se souvient-elle avec emphase.

Apolline, aujourd’hui âgée de 22 ans, commence la natation synchronisée à 7 ans. Douée, elle intègre un circuit de haut niveau à partir de la troisième. « Je m’entraînais entre 20 et 25 heures par semaine. » Un volume horaire normal dans le sport de haut niveau, mais qui nécessite un investissement total. « C’est une vie de sacrifices, résume Jean-Paul Labedade, psychologue et hypnothérapeute du sport à Paris. Ce n’est pas toujours sain, mais la discipline l’exige. » Franck Perrot, entraîneur de biathlon au Comité de ski de Savoie, partage son avis. « C’est difficile parce qu’il faut constamment repousser ses limites et partir à la recherche de soi-même pour progresser. »

« Une vie de sacrifice »

Mi-janvier, la gymnaste de 21 ans Katelyn Ohashi enflamme la Toile avec son incroyable performance lors des Championnats universitaires américains. Une prouesse d’autant plus admirable qu’elle a connu des blessures à répétition à l’adolescence. Opération de l’épaule et problèmes de dos l’avaient forcée à arrêter la compétition à l’âge de 16 ans. « J’étais brisée. J’étais heureuse d’être blessée, reconnaîtra-t-elle cinq ans plus tard. On m’a dit que mon poids était devenu embarrassant, on me comparait à un oiseau qui ne pouvait pas voler. Je me détestais », confie-t-elle dans une vidéo relayée par la page Facebook The Real Athlete.

Dans un rapport de l’Académie de médecine publié en décembre 2018, les médecins pointent du doigt les conséquences du sport de haut niveau chez les adolescentes et les enfants. Ils alertent notamment sur les « effets délétères sur la croissance, le développement osseux, le métabolisme et le développement pubertaire » d’une activité trop intensive.

Si ces observations sont « essentielles à la protection des enfants », elles doivent être prises avec du recul, selon le chirurgien orthopédiste Yoann Bohu, qui opère notamment à la Clinique du Sport de Paris. « On connaît déjà l’impact d’une activité sportive intensive, dénonce-t-il. On est toujours à la limite de la blessure, on flirte avec le danger, on sollicite de manière anormale les muscles et il y a évidemment des répercussions sur la croissance et le métabolisme d’un enfant. Mais l’homme n’est pas une articulation. Il y a aussi le bénéfice social de l’épanouissement. »

Michel Gaillaud, médecin du Pôle espoir de Cannes qui a officié à l’Olympique de Marseille, rappelle que « toutes les pathologies que rencontre le jeune sportif sont des pathologies de surmenage », allant des douleurs chroniques à des « phénomènes musculo-squelettiques plus graves et plus invalidants comme les fractures de fatigue et surtout les osteochondrites -une anomalie de croissance de l’os et du cartilage- qui pourront laisser des séquelles à l’âge adulte ». Il appelle à une vigilance accrue pour combattre le surdosage de sport grâce à deux règles de base. « Un seul sport pratiqué par jour et autant d’heures par semaine que d’années d’âge. »

Transformer une blessure en expérience

Elisabeth Platel, danseuse étoile de l’Opéra national de Paris et directrice de l’École de danse, déplore quant à elle l’image invariablement accolée à la danse, celle de « petit rat malingre, d’enfance volée, de pieds qui saignent ». Elle affirme que la réalité est toute autre : « Nous ne pratiquons pas un sport, nous sommes des artistes qui utilisons notre corps comme moyen d’expression dans une discipline physique. Contrairement au sport de haut niveau, l’intensité de l’entraînement est beaucoup plus modulable car il n’y a pas de notion de performance. » Sans nier la difficulté d’une carrière de danseur, qui demande dépassement de soi, régularité et patience, Elisabeth Platel insiste sur le bonheur indiscutable de ses élèves. « Il y a des concessions à faire, bien sûr, mais elles ne sont pas vécues comme telles », argumente-t-elle.

Dans une interview accordée à Télérama, Stéphane Dumaître, kinésithérapeute de l’école de danse de Nanterre expliquait que « l’idée ou le fantasme d’obtenir la rédemption par la souffrance reste tenace. Beaucoup d’entrants arrivent ici persuadés qu’il faut en baver, qu’il s’agit d’un chemin de croix. Notre travail à nous, c’est de leur permettre de verbaliser ce qu’ils vivent. Et par exemple d’apprendre à transformer une blessure, quand elle survient, en expérience. » Reste que ce sont les qualités physiques, liées à la capacité à intégrer la rigueur, à surmonter les blessures, qui feront le tri parmi les élèves.

Une vie mise entre parenthèses

Estelle Chedhomme, psychologue du sport en Gironde spécialisée auprès des enfants et des adolescents, reçoit des sportifs de haut niveau en consultation depuis quinze ans. Selon elle, rares sont ceux qui jettent un regard amer sur leur carrière passée. Comme Apolline, Élodie a dédié son adolescence à sa passion, le biathlon. De 15 à 18 ans, c’est l’envie de gagner qui l’a fait avancer : « Ce n’est pas juste du sport. Tu t’entraînes plus de 600 heures par an, minimum deux heures par jour. Tu es dans une vie parallèle », raconte-t-elle. Pourtant, un jour, la passion la quitte et elle décide d’arrêter la pratique intensive.

Aujourd’hui, à 26 ans, elle affirme sans hésiter : « Le sport de haut niveau ne m’a rien enlevé. » Au contraire, « j’ai connu la joie, l’allégresse, la gratitude, la peur… Vivre intensément, c’est ça qui est magique ». Apolline partage son sentiment : « Encore aujourd’hui, rien ne me donne d’émotions aussi fortes que la synchro. »

Anticiper l’arrêt du sport

L’arrêt du sport de haut niveau, à la fin d’une carrière, mais aussi bien avant, à la suite d’une blessure ou d’une perte d’envie, peut avoir de lourdes conséquences. « Si l’on n’a pas anticipé la reconversion, la vie perd de sa saveur comparée aux émotions d’une victoire », résume le psychologue Jean-Paul Labedade.

Sa consoeur Estelle Chedhomme met en garde sur les troubles alimentaires qui se manifestent parfois en conséquence des nombreuses restrictions inhérentes au régime des sportifs. « S’ils n’ont pas forcément de regrets de la discipline, on peut en revanche constater l’apparition de troubles de l’image corporelle. »

Pour Lise Anhoury, psychologue qui intervient au sein de L’INSEP, centre d’excellence du sport de haut niveau en France, il est essentiel d’aborder les questionnements liés au poids avant qu’ils ne deviennent problématiques. « Contrôler son poids est difficile, on a le droit de s’en plaindre », assène-t-elle. Et lorsqu’on aborde le sujet, polémique dans le milieu de la danse, auprès d’Elisabeth Platel, la réponse fuse : « Les dérives alimentaires ne sont pas créées par la danse. Elle les révèle mais elles sont ancrées bien avant. »

Un manque d’accompagnement

Les psychologues s’accordent à dire que la clé est d’interroger le désir des jeunes athlètes lorsqu’ils sont à l’aube de leur carrière. « Car sans motivation intrinsèque, ça ne passera pas à l’adolescence », assure Estelle Chedhomme. Des blessures à répétition, l’apparition de troubles du comportement -tels que de l’irritabilité- ou de l’image de soi sont des signes qui doivent alerter.

La psychologue du sport déplore le manque de suivi des athlètes lorsqu’ils sont encore dans le circuit. « En 2006, le Ministère des Sports a publié un décret -actualisé en 2016- qui impose un bilan psychologique annuel pour les sportifs de haut niveau. Ces bilans permettent d’être dans la prévention des blessures et troubles psychologiques. Or on constate qu’ils ne sont pas faits partout, faute de moyens. »

Pour tenter d’enrayer les sevrages difficiles, l’INSEP complète ces bilans d’un questionnaire envoyé aux anciens athlètes, qui fait office de bilan de reconversion. Plutôt que de déplorer les conséquences physiques des activités sportives intensives, indéniables mais inhérentes à un tel niveau, le rapport de l’Académie nationale de médecine devrait servir à alerter sur la nécessité d’accompagner les sportifs dès leur plus jeune âge, quand bien même nombre d’entre eux verront leur carrière stoppée précocement par la dure loi de la compétition : celle du plus fort.

Les fabuleux bienfaits de la marche

Par Stéphane Demorand, kinésithérapeute sur https://www.lepoint.fr/sante/kine/demorand-les-fabuleux-bienfaits-de-la-marche-04-02-2019-2291131_2467.php

Les vertus de la marche sont nombreuses et méconnues. Marcher quotidiennement pourrait être un médicament formidable et la meilleure des préventions.

« La marche est le meilleur remède pour l’homme », disait Hippocrate. La marche n’est pas seulement un moyen de déplacement, mais une activité physique à part entière aux vertus aussi diverses qu’inattendues. Nul besoin de payer un abonnement coûteux à une salle de sport pour cajoler sa santé, la marche est un fabuleux biais de prévention contre de nombreuses affections.

L’appareil locomoteur à la fête

Une étude a montré que réaliser 30 à 60 minutes de marche quotidiennement pouvait entraîner une perte de poids significative, et par ailleurs, le risque d’obésité se verrait divisé par deux dès lors que l’on marcherait une heure par jour.

Les muscles sont les premiers bénéficiaires de cette activité physique, sans oublier les articulations et les os du squelette. En effet, la pratique de 4 heures de marche par semaine réduirait le risque de fracture de la hanche de 43 %. Les os sont des structures vivantes qui réagissent aux contraintes qu’ils subissent et se renforcent d’autant plus qu’ils sont sollicités. Les articulations ne sont pas en reste, et le cartilage articulaire – comme les os du squelette – se renforce dès lors qu’il est soumis à des contraintes. Les individus souffrant d’arthrose sont conviés à réaliser de l’activité physique, une étude ayant démontré que cela avait de réels effets anti-inflammatoires, la marche est une fantastique indication d’activité physique pour celles et ceux qui souffrent d’arthrose, quelle qu’en soit sa localisation.

Le cerveau, grand gagnant

Outre l’appareil locomoteur, la marche est le partenaire santé privilégié du cerveau. Seulement deux heures de marche par semaine auraient pour effet de diminuer le risque d’accident vasculaire cérébral de 30 %. La mémoire n’est pas en reste, marcher durant 40 minutes trois fois par semaine aurait des effets protecteurs sur les zones du cerveau en charge de la mémorisation. Enfin, les symptômes de la dépression se verraient réduits de 36 % avec la simple réalisation de 30 minutes de marche quotidienne.

La liste des bénéfices de la marche sur le cerveau est longue, de la prévention de la démence à la réduction du risque de développer la maladie d’Alzheimer, mais la marche est aussi et avant tout un moyen de lutte contre le stress sans pareil.

Et du côté des organes ?

Les organes aussi voient leur fonctionnement amélioré par la pratique de la marche. Ainsi, une étude a montré que le pancréas, dont la défaillance est à l’origine du diabète, verrait son fonctionnement amélioré par la marche qui aurait pour conséquence d’augmenter la tolérance au glucose. De plus, la réalisation de 3 500 pas par jour diminuerait le risque de diabète de 29 %.

Du côté du cœur, le risque de développer une maladie cardio-vasculaire diminuerait drastiquement dès la réalisation de 30 minutes de marche quotidienne. La pression artérielle diminuerait, ainsi que le taux de cholestérol, et l’ensemble de la fonction cardio-vasculaire s’en trouverait amélioré.

Enfin, et pour conclure ce registre des réjouissances, la fonction digestive se trouverait améliorée par la marche et le risque de développer un cancer du côlon diminuerait dès 30 minutes d’efforts quotidiens.

Deux mille quatre cents ans après sa mort, la science n’a eu de cesse de confirmer l’adage d’Hippocrate. La marche est un fabuleux médicament, la meilleure des préventions, et ses bénéfices sont innombrables. La vie de ceux qui la pratiquent s’en trouve grandement améliorée, leur espérance de vie aussi. En effet, 75 minutes de marche hebdomadaire allongeraient l’espérance de vie de près de deux ans. Et marcher est avant tout une affaire d’éducation, les enfants n’en sont pas exemptés, bien au contraire, ils y prendront goût pour le restant de leur vie.

Les troubles musculo-squelettiques touchent tous les métiers

Lombalgies et cervicalgies, syndrome du canal carpien, tendinites…Les troubles musculo-squelettiques représentent la majeure partie des maladies professionnelles reconnues par la Sécurité sociale.

Parfois, le travail, ce n’est pas la santé! Dans le monde professionnel, on entend de plus en plus parler des troubles musculo-squelettiques ou TMS, qui lèsent les articulations, les tendons, les nerfs et les muscles. Les membres supérieurs sont les premiers concernés, mais tout l’appareil locomoteur est susceptible d’être affecté par ces diverses pathologies.

D’abord transitoires, elles peuvent devenir irréversibles et handicapantes si elles sont négligées. En 2015, elles représentaient ainsi 87 % des maladies professionnelles reconnues par le régime général de la Sécurité sociale.

Lombalgies et cervicalgies ; syndrome du canal carpien qui paralyse le poignet ; tendinites du coude et de l’épaule ; inflammation de la bourse séreuse (hygroma) du genou… Certaines atteintes peuvent être spécifiques à certains métiers. L’hygroma affecte ainsi les plombiers et carreleurs qui travaillent à genoux. Les tendinites du coude et de l’épaule touchent les salariés qui effectuent des gestes répétitifs des bras comme les caissières ou les ouvriers sur ligne de production. Mais de fait, «tous les secteurs d’activité sont touchés», explique Laurent Kérangueven, ergonome expert en assistance conseil dans la prévention des TMS à l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité).

Tous les métiers touchés

«Le fait de rester assis longuement devant un écran provoque une mobilisation faible mais continue, des fibres ­musculaires, qui n’est pas non plus sans conséquence.»

Laurent Kerangueven, ergonome

Beaucoup de cas sont enregistrés dans les métiers de l’agroalimentaire (notamment ceux de la viande) ; dans la métallurgie et la construction automobile ; dans le bâtiment, les travaux publics et le nettoyage. Mais aussi – on commence à en prendre la mesure – dans les métiers d’aide et de soin à la personne. A domicile ou en établissement, les aides-soignants et auxiliaires de vie effectuent au quotidien des gestes de manutention répétés, des portages de personnes, qui provoquent une fatigue et des douleurs dans le dos.

Quand les TMS sont consécutifs à des efforts physiques importants, à des gestes répétitifs et à des postures extrêmes qui créent de fortes contraintes articulaires (travailler avec les bras levés au-dessus des épaules, par exemple), on parle de pathologies liées à une hypersollicitation de l’appareil locomoteur.

«Mais les TMS peuvent aussi résulter d’un manque de sollicitation, souligne Laurent Kerangueven. Le fait de rester assis longuement devant un écran provoque une mobilisation faible mais continue, des fibres musculaires, qui n’est pas non plus sans conséquence.»

Risque de douleurs chroniques

Les contraintes biomécaniques ne sont cependant pas seules en cause. Le contexte psycho-social de la pratique professionnelle peut en effet aggraver le risque de TMS. Une charge de travail excessive, un rythme trop soutenu et un temps de récupération insuffisant, l’absence de marges de manœuvre dans l’organisation de son activité, un faible soutien social de la part de la hiérarchie ou des collègues… tout cela peut être générateur de stress. Or, celui-ci amplifie la perception de la douleur et rend le salarié plus sensible aux autres facteurs de risque. Il induit une tension musculaire constante qui aggrave l’impact des facteurs biomécaniques et provoque des inflammations. Les douleurs peuvent ainsi devenir chroniques.

La prise en charge et la prévention des TMS ne peuvent donc se limiter à l’aménagement physique du poste et du rythme de travail. Améliorer l’ergonomie du geste, atténuer le bruit, adapter la lumière ne suffisent pas si l’on n’agit pas aussi sur la dimension organisationnelle et humaine de l’activité. A méditer. Car si les TMS sont un handicap douloureux pour ceux et celles qui les subissent, ils représentent aussi un enjeu pour l’entreprise. Principale cause d’arrêt de travail, avec tout ce que cela implique en termes d’organisation et de productivité, mais aussi de perte de compétences, les TMS ont provoqué en 2012, la perte de 10 millions de journées de travail.

Non, la course à pied n’abîme pas les genoux !

Par Stéphane Demorand Publié le  | Le Point.fr   https://www.lepoint.fr/sante/kine/demorand-non-la-course-a-pied-n-abime-pas-les-genoux-21-01-2019-2287407_2467.php

Selon une étude, il ne faut pas déconseiller la course à pied aux malades souffrant d’arthrose du genou. Les professionnels reverront-ils leur position ?

L'arthrose est un mecanisme qui conduit a la degradation du cartilage articulaire qui va peu a peu s'amincir, ce qui se traduira radiologiquement par un rapprochement des pieces osseuses. Image d'illustration.
L’arthrose est un mécanisme qui conduit à la dégradation du cartilage articulaire qui va peu à peu s’amincir, ce qui se traduira radiologiquement par un rapprochement des pièces osseuses. Image d’illustration.© SCIEPRO/SCIENCE PHOTO LIBRARY

C’est une étude publiée dans la très sérieuse revue Clinical Rheumatology qui vient jeter un pavé dans la mare des croyances médicales. S’il est désormais acquis que la pratique sportive est plus que recommandée chez les personnes souffrant d’arthrose, la pratique de la course à pied chez les malades ayant une arthrose de genou est en revanche déconseillée par les professionnels de santé. Et pour cause, l’arthrose est un mécanisme qui conduit à la dégradation du cartilage articulaire qui va peu à peu s’amincir, ce qui se traduira radiologiquement par un rapprochement des pièces osseuses. Il est courant d’entendre que l’usure du cartilage est à l’origine des douleurs, ce qui est faux, puisque le cartilage articulaire n’est pas innervé. Les douleurs résultent le plus souvent de l’état inflammatoire de l’articulation, et il n’y a bien souvent pas de corrélation entre le degré d’usure du cartilage et le niveau de douleur ressentie. C’est ainsi que certains malades ont des cartilages très abîmés et ne souffrent pas ou peu, alors que d’autres se plaignent de douleurs invalidantes malgré des signes radiologiques de faible gravité.

Une équipe de chercheurs s’est penchée sur un groupe de 1 203 individus atteints d’arthrose d’au moins un genou, qu’ils ont suivis sur une période assez longue puisqu’ils s’inscrivaient dans un programme, « Osteoarthritis Initiative », qui s’est déroulé entre 2004 et 2014. Les coureurs ont été évalués à l’aide qu’un questionnaire, mais ils ont aussi été suivis sur le plan radiologique. L’âge moyen des membres de ce programme était de 63 ans et le panel était composé de 45 % d’hommes contre 55 % de femmes. L’analyse des nombreuses données recueillies est pour le moins surprenante. Dans leurs conclusions, les chercheurs affirment que la pratique de la course à pied ne provoquerait pas d’augmentation de la douleur chez les sujets évalués et contribuerait même à la faire diminuer. En outre, la pratique de la course à pied ne conduirait pas à une dégradation des cartilages articulaires radiologiquement objectivable, comparativement à l’évolution naturelle des malades qui ne courent pas.

Avis du kiné

Cette publication ouvre la voie à une réflexion sur les sports pouvant être pratiqués par les individus souffrant d’arthrose du genou. Les conclusions de cette étude doivent être cependant maniées avec précaution. La pratique de la course à pied n’est pas un traitement de l’arthrose du genou, et il convient de respecter quelques règles élémentaires pour ne pas aggraver l’état d’un genou déjà usé.

Ainsi, le choix des chaussures, le type de terrain, la durée de la course seront des éléments à apprécier en fonction de chaque individu. Il est plus prudent de ne pas pratiquer la course à pied sans l’avis d’un kinésithérapeute qui est un interlocuteur de choix pour celles et ceux qui souhaiteraient des conseils personnalisés.

 

Le corps, une machine conçue pour la course

Le corps, une machine conçue pour la course

Photo: Quino Al/Unsplash

Des adaptations physiologiques apparues il y a plus de 2 millions d’années démontrent que l’humain a évolué pour courir. Aujourd’hui, les coureurs d’endurance misent sur ces capacités pour repousser leurs limites.

Franchir 125 km dans les montagnes de Charlevoix est un bon défi pour une randonnée d’une semaine, mais aux yeux de certains athlètes d’endurance, le parcours se boucle en moins d’une journée ! Ce type de course extrême a le vent en poupe.

Rien qu’au Québec, on retrouve désormais quatre courses en sentier de plus de 100 km, alors qu’il n’y en avait aucune il y a tout juste cinq ans. En Amérique du Nord, le nombre d’ultra-marathons – des courses de plus de 42,2 km – a bondi de 183 à 1 473 entre 2000 et 2016, selon le site spécialisé ultrarunning.com.

Les ultra-coureurs prolifèrent au même rythme : uniquement en 2017, ils sont plus de 79 000 à avoir complété des courses extrêmes, dont 12 059 ont couvert un parcours de 160 km (presque 4 marathons), note-t-on sur le site de référence realendurance.com. Une distance qui donne le tournis, mais qui ne suffit pas pour certains. Pendant le Tor des Géants, une course disputée en Italie, les athlètes parcourent 335 km et la succession d’ascensions équivaut à un dénivelé positif de 24 000 m, soit environ trois fois l’Everest.

Pour le commun des mortels, courir l’équivalent de plusieurs marathons quotidiennement, en montagne, pendant des jours peut paraître surhumain. « Avec de l’entraînement, certaines personnes peuvent supporter l’inconfort très longtemps, car la fatigue touche moins les muscles que le système nerveux pendant une course d’endurance », dit Guillaume Millet, physiologiste de l’exercice à l’Université de Lyon, qui étudie l’effet de la fatigue sur les athlètes.

À 1h30 le matin, 120 coureurs reçoivent les instructions des organisateurs avant d’entamer le parcours de 125 km de l’UltraTrail Harricana qui s’est tenu à l’automne 2017 dans Charlevoix.
Photo: Guillaume Roy

«Les coureurs d’ultra-marathon ne sont pas surhumains; ils ne font que repousser les limites de la course d’endurance.»

LE PALÉONTHOLOGUE DANIEL E. LIBERMAN

Il n’y a pas que des athlètes surentraînés qui y parviennent. En Inde, un gamin de 4 ans a franchi 60 km en 7 heures, alors qu’une jeune Chinoise de 8 ans a couru 65 km par jour pendant 55 jours, cite en exemple Guillaume Millet. Une étude publiée dans Frontiers in Physiology en avril 2018 a d’ailleurs démontré que le profil métabolique et la capacité de récupération des enfants est similaire à ceux des athlètes de haut niveau, voire parfois supérieur !

L’humain serait-il fait pour la course ? C’est ce que pense le paléoanthropologue Daniel E. Liberman qui étudie le fonctionnement de l’organisme et la façon dont il a évolué depuis plusieurs millions d’années. « Les coureurs d’ultra-marathon ne sont pas surhumains; ils ne font que repousser les limites de la course d’endurance », soutient-il. Selon lui, les premiers représentants du genre Homo ont acquis cette résistance incroyable, et les propriétés biomécaniques qui la sous-tendent, il y a plus de 2 millions d’années.

« Lorsque les premiers primates sont devenus bipèdes, il y a 4,4 millions d’années, ils sont devenus lents et vulnérables », note celui qui dirige le département de biologie humaine évolutive à l’université Harvard. Mais l’évolution a rebattu les cartes en sélectionnant les individus les mieux adaptés à l’activité de chasse et de cueillette. « Parmi les traits sélectionnés, outre la coopération et de plus gros cerveaux, il y a la course. C’est d’ailleurs une des clés pour comprendre l’évolution de la structure du corps humain, car on retrouve plusieurs caractéristiques qui ne servent qu’à cette activité », assure Daniel E. Liberman.

Prenez le talon d’Achille. C’est un ressort très efficace pour courir, mais il n’apporte aucun bénéfice biomécanique pour la marche. Idem pour la cambrure du pied. « Ces adaptations, qui agissent comme des ressorts, permettent de stocker près de 50 % de l’énergie nécessaire lorsqu’on court et cette énergie est restituée à chaque foulée », remarque le chercheur qui, en collaboration avec le biologiste Dennis Bramble, a rédigé le premier article scientifique sur l’importance de la course dans l’évolution humaine, lequel a été publié par Nature en 2004.

Quand on se compare au chimpanzé, notre plus proche cousin chez les primates, on constate plusieurs autres différences physiologiques, ajoute Daniel E. Liberman qui a publié, depuis, une dizaine d’études portant sur le sujet, ainsi que le livre The Story of the Human Body, en 2013. Nos orteils sont plus courts pour éviter de les briser en courant et nos jambes sont plus longues pour nous permettre de faire de grandes foulées. Et nous avons de grosses fesses. « Le grand fessier, qui connecte les jambes au bassin, sert à stabiliser le corps, et on l’utilise seulement lorsque l’on court », soutient-il. Des épaules plus basses et l’apparition du ligament nuchal (au niveau du cou) font aussi partie des adaptations majeures qui permettent de stabiliser la tête pendant la course.

 

Des femmes bioniques?

Les femmes sont moins fatiguées sur le plan musculaire après une course d’endurance, selon les données recueillies lors d’une étude réalisée après l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, une course de 166 km dans les Alpes françaises. «Les femmes sont soit plus résistantes à la fatigue, soit elles gèrent mieux leur niveau de fatigue que les hommes», commente le physiologiste de l’exercice Guillaume Millet, avant d’ajouter que davantage de recherche est nécessaire pour mieux comprendre les mécanismes.

 

Chasseurs endurants

C’est pour échapper aux prédateurs, mais surtout pour nourrir leur clan, que les hominidés du genre Homo sont peu à peu devenus de vraies machines de course.

« Tous les carnivores doivent courir pour attraper leur proie, poursuit Daniel Lieberman. Je ne vois pas pourquoi les humains feraient exception. » Pas facile, toutefois, de rattraper une gazelle, un cerf ou un zèbre lors d’un sprint.

Sans armes (les premières lances n’étant apparues qu’il y a 400 000 ans), nos ancêtres ont donc misé sur une redoutable tactique : la chasse à l’épuisement ! Le plan consistait à courir longtemps après un animal pour le faire surchauffer jusqu’à ce qu’il s’écroule.

Car le fait de courir génère beaucoup de chaleur et « si la chaleur est produite plus rapidement qu’elle n’est dissipée, la température du corps augmente », a expliqué David R. Carrier, un biologiste pionnier dans l’évolution de la morphologie humaine, dans une étude sur le sujet publiée par Current Anthropology en 1984.

En pourchassant l’animal à l’heure la plus chaude de la journée, ce dernier est rapidement incommodé et cherche à s’arrêter dès que possible pour abaisser sa température corporelle en haletant. En suivant les traces laissées par la bête, le chasseur peut toutefois traquer sa proie pendant plusieurs heures, jusqu’à ce qu’elle ait trop chaud pour continuer.

Et c’est justement parce que l’humain, lui, a une capacité unique lui permettant d’éviter la surchauffe qu’il est gagnant à ce jeu-là. « Nous suons plus par unité de surface que n’importe quelle autre espèce, grâce à des glandes sudoripares qui n’ont pas d’équivalent dans le monde animal », soutient David R. Carrier. Et contrairement à la plupart des animaux, nous n’avons presque pas de poils.

« De plus, alors que les quadrupèdes doivent respirer une fois par enjambée, car leurs poumons sont comprimés pendant la course, l’humain, bipède, peut respirer plus librement lorsqu’il court, favorisant l’apport d’oxygène dans le corps », ajoute le biologiste.

Toutes ces adaptations ont permis à l’homme de pratiquer la chasse à l’épuisement pendant des millénaires jusqu’à la fin du XXe siècle, alors que plusieurs peuples autochtones, comme les Bushmen en Afrique australe, les Tarahumara au Mexique, les Navajos aux États-Unis ou les aborigènes d’Australie, chassaient encore des proies ainsi. Cette technique a d’ailleurs été documentée par l’anthropologue Louis Liebenberg qui a participé à plusieurs chasses à l’épuisement dans le désert du Kalahari dans les années 1980 et 1990. Aujourd’hui, la pratique est de plus en plus rare, car l’utilisation de fusils a changé la donne, mais cette extraordinaire endurance n’a pas disparu pour autant.

Mieux, on en repousse sans cesse les limites. Dans le quartier Queens, à New York, des coureurs complètent la 3100 Mile Race (4 989 km) en 52 jours, en faisant 5 649 tours d’un pâté de maisons près de Central Park. D’octobre 2009 à octobre 2010, le coureur français Serge Girard est allé encore plus loin en parcourant la distance de 27 012 km en un an, soit l’équivalent de 74 km par jour ! Quelle distance quotidienne le corps humain peut-il ainsi tolérer ? « Difficile à dire », répond le physiologiste Guillaume Millet, car notre cerveau nous protège contre nos propres excès et chaque personne réagit différemment à la fatigue. Les deux seules limites réelles sont le manque de sommeil et la chaleur, ajoute M. Millet, car ils peuvent causer des hallucinations, un manque de jugement et ultimement la mort.

Quoi qu’il en soit, nous aurions probablement tous intérêt à renouer avec le coureur qui sommeille, sous les couches de civilisation moderne, en chacun de nous. « Nous ne sommes génétiquement pas faits pour être sédentaires », martèle Guy Thibault, directeur des sciences du sport à l’Institut national du sport du Québec. Et nul besoin de franchir des distances inimaginables pour bénéficier des effets de la course, car en plus d’améliorer le système musculo-squelettique, l’activité physique agit comme un antidépresseur, réduit le stress et facilite le sommeil.

Prêts à chausser vos espadrilles ?

Faut-il craindre un torticolis du téléphone mobile ?

Par Stéphane Demorand Modifié le  - Publié le  | Le Point.fr

L’utilisation intensive des smartphones et des tablettes pourrait provoquer des douleurs cervicales. Le text neck ou « torticolis du mobile » : mythe ou réalité ?

Les enfants et adolescents souffrent-ils d'un nouveau mal : le text neck ou << torticolis du mobile >> ? Image d'illustration.
Les enfants et adolescents souffrent-ils d’un nouveau mal : le text neck ou « torticolis du mobile » ? Image d’illustration.

© Studio CP

Le déploiement massif des téléphones mobiles, des tablettes et des ordinateurs portables, dans un contexte de développement du travail à la maison, bouleverse les usages et les habitudes de chacun. En outre, les plus jeunes d’entre nous passent un temps certain chaque jour à converser par SMS, ainsi que sur les réseaux sociaux, et leurs parents s’alarment de les voir les yeux rivés sur leur écran des heures durant. Les idées reçues sur le temps passé par les 15-34 ans sur leur smartphone sont nombreuses et le Baromobile publié par l’agence OMD nous en dit plus sur leurs habitudes. Ainsi, ce baromètre nous apprend qu’ils sont 98 % à se connecter chaque jour à leur smartphone, qu’ils consultent en moyenne 33 fois par jour, et qu’ils y passent 2 h 16 par jour. Les plus âgés ne sont pas en reste, puisque ce même baromètre révèle que les 15/60 ans passent – eux – en moyenne 1 h 42 par jour sur leur smartphone.

Le business du text neck

Le « text neck », que l’on traduit en français par « torticolis du mobile », est une théorie selon laquelle l’utilisation du smartphone aurait des effets délétères sur les vertèbres cervicales. C’est en Floride qu’est née cette idée, et c’est un dénommé Dean Fishman qui en est le père. Ce chiropraticien dit avoir diagnostiqué le premier cas de text neck chez un adolescent de 17 ans souffrant de douleurs cervicales qu’il attribua alors à l’utilisation excessive de son téléphone portable. S’ensuivit un juteux business pour ce praticien qui ouvrit son « Text Neck Institute » afin de traiter les patients souffrant de ce nouveau type de pathologie. Tout cela pourrait tomber sur le coup du bon sens si la science ne s’en était pas mêlée, et la théorie de Dean Fishman n’a, pour le moment, été validée par aucune recherche scientifique. Pis, une étude parue dans le European Spine Journal menée auprès de 150 jeunes gens âgés de 18 à 21 ans a révélé qu’aucun lien n’avait pu être établi entre l’utilisation du smartphone et d’éventuelles douleurs cervicales.

De bonnes pratiques à adopter

Si aucun lien n’a été établi entre l’utilisation du smartphone et les douleurs cervicales, il ne faut pas pour autant négliger sa posture et respecter quelques règles élémentaires. La tête pèse entre 4 et 5 kilos, et la charge sur le rachis cervical peut atteindre 27 kilos si la tête est penchée de 60 degrés vers l’avant, ce qui est loin d’être négligeable. D’une manière générale, il est préférable de privilégier les grands écrans plutôt que les petits, une étude a montré que l’utilisation d’écrans plus grands induisait une moindre flexion de la tête vers l’avant. En outre, quand cela est possible, surélever de quelques degrés la tablette et le smartphone aura un impact immédiat et direct sur les contraintes cervicales. Enfin, faire des pauses et pratiquer régulièrement des exercices d’assouplissement serait souhaitable pour lever les tensions qui s’accumulent dans les muscles cervicaux. Ces bonnes pratiques doivent par extension s’appliquer aussi bien aux étudiants qui passent des heures à étudier sur leur bureau qu’à ceux qui travaillent des heures durant sur un poste informatique.

https://www.lepoint.fr/sante/kine/demorand-le-torticolis-du-mobile-existe-t-il-07-01-2019-2283729_2467.php

Rentrée des classes : quel cartable acheter à votre enfant ?

Par Stéphane Demorand sur Le Point.fr http://www.lepoint.fr/education/rentree-des-classes-quel-cartable-acheter-a-votre-enfant-27-08-2018-2245998_3584.php

Le choix d’un cartable est fondamental pour le confort de l’enfant et la protection de son dos. Devant une offre pléthorique, quel modèle faut-il préférer ?

Le poids du cartable ne devrait pas exceder 10 % de celui de l'enfant. On en est loin trop souvent.
Le poids du cartable ne devrait pas excéder 10 % de celui de l’enfant. On en est loin trop souvent.

© LOIC VENANCE / AFP

Choisir un cartable pour son enfant dépasse la simple considération esthétique, et l’enjeu repose avant toute chose sur la prévention du mal de dos. Entre 50 et 60 % des collégiens déclarent souffrir du dos, et la question du cartable, même si elle ne doit pas être traitée isolément des autres causes, est bien une question fondamentale dans la lutte contre le mal de dos de nos enfants.

Avec ou sans roulettes ?

Le premier dilemme auquel les parents sont confrontés est celui du choix de la technologie : faut-il opter pour un modèle avec des roulettes ? La réponse est catégorique et sans appel, n’achetez pas ce type de cartable, car le mécanisme l’alourdit. C’est un enjeu majeur, le poids d’un cartable ne devant pas dépasser 10 % du poids du corps de l’enfant. Un enfant de 30 kilos ne devrait donc pas voir le poids de son cartable excéder 3 kilos. Or, certains cartables pèsent 5 kilos à l’école primaire, et ce chiffre monte d’une façon vertigineuse à l’entrée au collège où le poids dépasse allègrement la barre des 10 kilos.

Dans ce contexte, la chasse aux grammes inutiles devient un enjeu d’importance, raison pour laquelle il faut absolument bannir les cartables à roulettes. En outre, il n’est pas très physiologique de marcher en tirant le cartable sur ses roulettes, cela empêche le balancement naturel des bras et induit des tensions importantes dans les vertèbres cervicales ainsi que dans le membre supérieur qui tracte le cartable.

L’importance du réglage

Le portrait-robot du cartable idéal est le suivant : il doit posséder des bretelles larges et renforcées de mousse afin de répartir les charges sans cisailler les épaules. La longueur du cartable ne doit pas dépasser la largeur du dos de l’enfant afin que les bras puissent librement balancer d’avant en arrière au cours de la marche.

Le réglage des bretelles est un élément majeur de confort et de prévention contre les douleurs rachidiennes. Si le cartable est porté trop bas, il aura tendance à déporter le centre de gravité de l’enfant vers l’arrière et à augmenter les contraintes sur les vertèbres lombaires. Il est donc fondamental que le cartable soit positionné au niveau de la cage thoracique, c’est la raison pour laquelle les sacs à dos sont déconseillés chez les jeunes enfants, car ils tombent trop bas dans le dos.

Les enfants aussi ont mal au dos

Le scandale du poids du cartable, s’il est d’importance, ne doit pas occulter notre responsabilité collective vis-à-vis du mal de dos de nos enfants. Ainsi, l’aspect purement technique du choix d’un cartable n’exonère pas de considérer les autres facteurs pouvant concourir au mal de dos. Force est de constater que rien n’a changé depuis des décennies, malgré les signaux d’alerte émis par les professionnels de santé. Les cartables sont toujours aussi lourds, les casiers trop peu nombreux, et l’avènement du livre numérique promis il y a quelques années semble encore une lointaine perspective…

En outre, la question de la posture en classe n’est que rarement abordée, et ce, malgré d’excellentes initiatives, telles que M’ton dos lancé par des kinésithérapeutes. Nous pourrions ainsi discuter de l’ergonomie du matériel scolaire, mais aussi du réel besoin de former élèves et enseignants à la bonne posture chez des élèves qui passent parfois plus de quatre heures par jour assis en classe. Le fléau du mal de dos de nos jeunes ne pourra être enrayé que si toutes les composantes du sujet sont traitées parallèlement.

Pourquoi lire ses textos pourrait coûter cher à votre dos

Par Hugo Jalinière le 21.11.2014 à 11h13, sur sciencesetavenir.fr

Pencher la tête, même légèrement, lorsqu’on utilise son smartphone accroît la pression exercée sur les vertèbres cervicales situées dans le cou.

Pencher la tête pour lire ou envoyer des textos depuis son smartphone fait peser une pression importante sur les vertèbres cervicales du cou.

Pencher la tête pour lire ou envoyer des textos depuis son smartphone fait peser une pression importante sur les vertèbres cervicales du cou. ©GREG BAKER / AFP

MAL DE DOS. Passer trop de temps à envoyer des textos pourrait coûter cher à votre dos. Plus exactement, ce sont les vertèbres cervicales situées au niveau du cou qui pâtiraient le plus de notre utilisation croissante des smartphones. Chacun pourra s’en rendre compte, mais lorsqu’on utilise son téléphone pour envoyer un SMS ou utiliser une application on a tendance à légèrement pencher sa tête en avant. Une position qui exerce une pression non négligeable sur nos cervicales qui supportent alors tout le poids de notre tête.

C’est une petite étude publiée dans la revue spécialisée Surgical Technology International par le Dr Kenneth Hansraj, chirurgien du dos

Le chirurgien a mesuré la pression exercée sur nos cervicales lorsque nous inclinons la tête. Car en fonction du degré d’inclinaison, le crâne pèse plus ou moins lourd sur notre cou.

©KENNETH K. HANSRAJ

Jusqu’à 30 kg en plus sur le cou

Ainsi, la tête d’un adulte pèse en moyenne 4,5 à 5,5 kilogrammes. En position droite, ce poids est naturellement réparti et supporté par notre colonne vertébrale. Mais une légère inclinaison de la tête de 15° vers l’avant suffit à faire plus que doubler la masse qui pèse sur les cervicales, soit plus de 12 kg (voir schéma ci-dessus). Et plus on se penche, plus le poids du crâne pèse et plus la pression exercée sur les cervicales sera importante. Penchée à 30° la tête pèsera l’équivalent 18 kg ; à 45° elle pèsera 22 kg et à 60° ce sera près de 30 kg…

La pression qui s’exerce ainsi sur les cervicales pourrait « conduire à une usure, une déchirure, une dégénération et à de possibles opérations chirurgicales prématurées », selon le Dr Kenneth Hansraj.

Le chirurgien estime que les utilisateurs de smartphones devraient être sensibilisés au risque qu’une mauvaise position fait courir à notre colonne vertébrale. À plus forte raison que le temps passé devant les petits écrans ne cessent d’augmenter. En France par exemple, on passe en moyenne 1 h 20 par jour penchés sur nos téléphones.

Une position la plus droite possible devrait donc être observée lorsqu’on utilise son smartphone. L’idéal étant de conserver ses oreilles alignées avec les épaules