Comment apprendre à retourner le stress à son avantage?

Le stress est considéré comme l’un des grands maux de notre époque. Certains spécialistes considèrent cependant qu’il est possible d’en tirer une force, pour peu que l’on sache lui donner du sens.

Atlantico : Dans une interview accordée au Washinton Post au sujet de son livre The Upside of Stress (Les bons côtés du stress), la psychologue Kelly McGonigal explique que nous avons généralement trop tendance à entretenir une « relation toxique » au stress, alors que ce dernier pourrait être utilisé pour faire face à l’adversité de manière saine et intelligente. Quels éléments connus viennent à l’appui de cette interprétation du stress ?

Philippe Rodet : La psychologue Kelly McGonigal explique surtout que la perception que l’on a d’un événement va faire de nous une victime du stress ou un « combattant » moins vulnérable mais, malheureusement, cette notion n’est pas nouvelle. On sait que le comportement influe sur notre vulnérabilité au stress. Un trait assez caractéristique des Etats-Unis, l’optimisme, va diminuer les effets du stress sur l’organisme car il va nous aider à transformer les soucis en défis. Dans une vidéo, Kelly McGonigal explique d’ailleurs que « nous voyons une fois de plus que les effets néfastes du stress sur notre santé ne sont pas inévitables.

 

 

La manière dont vous pensez et dont vous agissez peut transformer la façon dont vous vivez le stress. » Dans leur ouvrage, « Le stress permanent », les Professeurs Pierre et Henri Lôo, Psychiatres à l’hôpital Saint-Anne à Paris, expliquent que « la personnalité optimiste intervient comme appoint correcteur du stress ».

On sait également que dans des situations extrêmes (avalanches, naufrages…), la survie la plus grande sera observée chez les personnes qui croient en leurs chances de survie à l’opposé des personnes qui, dès le départ, imaginent qu’elles ne s’en sortiront pas.

Une autre phrase de Kelly McGonigal, prononcée lors de la même conférence, est évocatrice. Elle dit que « donner un sens à votre vie est meilleur pour votre santé que d’essayer d’éviter l’inconfort ». Or, on sait depuis longtemps que le sens de la vie, du travail, a un effet bénéfique sur le stress. Un médecin français, le Professeur Philippe Davezies l’a déjà abordé. Il en est de même des travaux du Professeur Pierre Gagnon, psychiatre à Montréal et du Professeur Eli Somer à l’Université d’Aïfa, en Israël.

 

Ce qu’explique Kelly McGonigal revient à dire que si l’on a peur qu’un événement altère notre santé, on a plus de chance que cela soit le cas que si l’on se donnait les moyens de l’affronter. Mais, dans un passage d’un récent ouvrage « Le bonheur sans ordonnance », un des moyens de se protéger du stress s’appelle : « Aider à agir pour ne pas subir ».

Il est donc possible, au moins dans certains cas, de retourner le stress à son avantage ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples de la vie de tous les jours ?

Kelly McGonigal précise que : « Lorsque vous choisissez de voir votre réponse au stress comme utile, vous créez la biologie du courage. » Plus simplement, on pourrait dire que les encouragements, qui vont nous aider à surmonter une période difficile, vont diminuer les effets du stress. On sait depuis 1997 que l’absence d’encouragements augmente le niveau de stress de plus de 31% chez l’homme et de plus de 43% chez la femme.

Ce qui est certain, c’est que dans des situations de grand danger à l’image d’un accident de la route par exemple, le stress, en optimisant nos performances pendant un temps très court, va augmenter nos chances de survie. La simple contraction de nos muscles va protéger notre thorax, notre colonne vertébrale et notre abdomen.

En dehors de ces cas extrêmes, il ne faut pas être paralysé par le stress mais se donner les moyens d’en annihiler les effets toxiques grâce à des comportements adaptés. Parmi ceux-ci l’optimisme qui nous poussera à voir plus le challenge que la difficulté est un atout important. Autre comportement protecteur du stress cité par Kelly McGonigal, la solidarité vis-à-vis de ses semblables : « Prendre soin des autres a créé une résilience. Et ainsi, nous voyons une fois de plus que les effets néfastes du stress sur notre santé ne sont pas inévitables.». Si, là encore, nous sommes tout à fait d’accord, l’approche n’est pas très récente. Hans Selye, l’homme qui a décrit la réaction du stress en 1936, parlait « d’altruisme égoïste » pour illustrer les bienfaits sur le stress de l’engagement dans une cause d’intérêt général.

 

Le stress peut-il néanmoins toujours être surmonté de cette manière ? Quelles sont les limites de ce raisonnement ?

Si l’on a un travail riche de sens, avec des objectifs ambitieux et réalistes, avec un juste niveau d’autonomie, si l’on bénéficie de retours positifs (encouragements, gratitude…), si l’on prend du plaisir à ce que l’on fait, on sera très peu vulnérable au stress. Notre comportement vis-à-vis de la difficulté joue également beaucoup, plus on sera optimiste, plus on aura confiance en soi, moins on sera vulnérable. Il s’agit donc de trouver les moyens d’inciter les dirigeants et les managers à adopter, vis-à-vis de leurs collaborateurs, des éléments de mangement simples, efficaces et éprouvés.

 

 

Il sera tout aussi important d’inviter tout un chacun à se doter de moyens capables d’augmenter son optimisme et son estime de lui.

En revanche, si un collaborateur a un N+1 brutal, dur, cassant, il sera en danger.

Si une maman a un enfant gravement malade, je vois mal comment lui expliquer qu’il faut qu’elle fasse de son combat un challenge… Je préférerais lui parler avec empathie pour aller chercher l’effet protecteur de celle-ci.

C’est peut-être là la principale limite du discours de Kelly McGonigal, il est plus adapté à un collaborateur qui veut réussir qu’à une personne qui vit ou traverse une situation difficile.

Finalement, l’approche de Kelly McGonigal se trouve déjà de manière indirecte dans la définition de l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail. Il est expliqué que « un état de stress survient lorsqu’il y a un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face ». On peut soit diminuer les contraintes, soit augmenter la perception des ressources. Un mixte entre la diminution des contraintes et l’augmentation de la perception des ressources semble intéressant.

L’état de stress n’est-il pas une posture de défense naturelle face aux événements ? De la perte de cheveux aux problèmes cardiovasculaires, comment expliquer que cet instinct de survie fasse tant de mal à notre santé ?

Dans les années 1970, voire 1980, on parlait beaucoup moins du stress. Que s’est-il donc passé ? D’une part, le nombre de sources de stress a augmenté de façon exponentielle avec l’arrivée notamment des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

D’autre part, les « facteurs de protection », pour reprendre une expression chère au Professeur canadien de Psychiatrie, Jean-Jacques Breton, se sont effondrés. Parmi les « facteurs de protection », on retrouve par exemple les liens sociaux authentiques, c’est-à-dire la qualité des relations que l’on a les uns avec les autres, le sens de notre vie, de notre travail, le fait d’avoir un but dans sa vie…

A côté de cela, l’activité physique a diminué au profit de l’investissement intellectuel. Or, l’activité physique est protectrice du stress.

Enfin, en période de grand stress, les hormones du stress tendent à augmenter le taux de sucre dans le sang et à faciliter la rétention de sel. Or, comme une hormone du stress passe dans la salive, elle augmente l’envie de produits sucrés et salés avec les risques que cela comporte au niveau de l’organisme.

Si l’on se donne les moyens de développer les facteurs de protection aussi bien à l’échelle individuelle que collective, si l’on augmente l’activité physique et si l’on est vigilant au niveau de notre alimentation, on peut tout à fait vivre bien avec un nombre significatif de sources de stress.

Pour se rapprocher de la pensée de Kelly McGonigal, je serais tenté de faire un parallèle avec deux maux de notre société ; d’une part l’augmentation du nombre de salariés stressés, d’autre part la baisse du nombre de salariés motivés. Si l’on cultive la motivation, le plaisir à s’engager, l’envie chez les collaborateurs, on sait que l’on diminuera les effets du stress. Là, est certainement la voie d’aujourd’hui et de demain…

Propos recueillis par Gilles Boutin sur Atlantico.fr

http://www.atlantico.fr/decryptage/comment-apprendre-retourner-stress-avantage-philippe-rodet-2127430.html

 

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