Des enfants en élite un jour, des sportifs pour toujours?

L’invitéVincent Gremeaux estime discutable d’inculquer trop tôt la notion de performance.

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 H-10 minutes; dans leur zone protégée, les athlètes s’échauffent sous les yeux de leurs fans, puis se placent dans le sas de départ des élites. Êtes-vous prêts pour voir les coureurs du Marathon de Londres en découdre? Eh bien non, vous êtes simplement au départ de la course des enfants de 4 km, préambule aux 20 km de Lausanne, catégorie 11-12 ans. Curieux? Oui, et discutable tant en termes de santé publique que de promotion de la performance.Sans viser spécifiquement cette belle organisation réunissant plus de 20 000 coureurs sur un week-end, que penser de ce privilège accordé à quelques jeunes coureurs, au vu de leur classement des années précédentes ou sur d’autres courses, lors de nombreuses compétitions «populaires» d’envergure?

Alors qu’on s’évertue à faire la promotion de l’activité physique et sportive comme vecteur de prévention sanitaire et d’intégration, cela pourrait décourager les enfants venus courir pour le plaisir et la satisfaction d’avoir accompli cette distance. Ceux qui se sont sentis mis à l’écart reviendront-ils l’année prochaine?

 

«Faire leurs armes sur des distances en ligne avec leur développement»

 

Sur ce point, on serait bien inspiré de prendre exemple sur certains pays nordiques, comme la Norvège, où le sport fait partie intégrante du style de vie. Les enfants participent à toutes sortes d’épreuves, sans classement jusqu’à 12 ans. Ils peuvent choisir la catégorie dans laquelle ils concourent, ce qui leur laisse la possibilité de faire leurs armes sur des distances en ligne avec leur développement physiologique, éminemment variable entre 10 et 15 ans. La Norvège et la Suède sont ainsi parmi les seuls pays dont le temps d’activité sportive chez les enfants de 11 ans a augmenté entre 1986 et 2014, alors qu’ailleurs il diminue, avec des conséquences inquiétantes: en France, les collégiens courent désormais 600 mètres en quatre minutes, contre trois en 1971…

Cette culture du mouvement et de la diversification permet aussi de développer des aptitudes très complètes; certains jeunes de 15 à 18 ans appartiennent même à deux équipes nationales, puis se spécialisent avec de probants résultats, à l’image de Henrik Ingebrigtsen, multimédaillé européen en athlétisme.

C’est là que se situe le deuxième point de discussion: l’ensemble des travaux scientifiques sur la détection des futurs talents sportifs s’accordent sur le fait qu’il est très difficile de cerner à 12 ans le champion de demain. Pire, lorsqu’on s’intéresse à l’évolution des performances, on voit clairement que parmi les jeunes qui constituent le top 10 national d’une discipline à 14 ou 15 ans, très peu, voire aucun, y figurent encore à 17-18 ans.

Même si je le leur souhaite de tout cœur, les jeunes privilégiés des zones protégées actuelles ne seront probablement pas sur les podiums dans dix ans… en espérant que tous, sas élite ou non, auront persévéré et que certains perceront en course à pied, dans d’autres sports, ou seront simplement d’heureux étudiants joggant au bord du lac… (24 heures)

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