Faut-il craindre un torticolis du téléphone mobile ?

Par Stéphane Demorand Modifié le  - Publié le  | Le Point.fr

L’utilisation intensive des smartphones et des tablettes pourrait provoquer des douleurs cervicales. Le text neck ou « torticolis du mobile » : mythe ou réalité ?

Le déploiement massif des téléphones mobiles, des tablettes et des ordinateurs portables, dans un contexte de développement du travail à la maison, bouleverse les usages et les habitudes de chacun. En outre, les plus jeunes d’entre nous passent un temps certain chaque jour à converser par SMS, ainsi que sur les réseaux sociaux, et leurs parents s’alarment de les voir les yeux rivés sur leur écran des heures durant. Les idées reçues sur le temps passé par les 15-34 ans sur leur smartphone sont nombreuses et le Baromobile publié par l’agence OMD nous en dit plus sur leurs habitudes. Ainsi, ce baromètre nous apprend qu’ils sont 98 % à se connecter chaque jour à leur smartphone, qu’ils consultent en moyenne 33 fois par jour, et qu’ils y passent 2 h 16 par jour. Les plus âgés ne sont pas en reste, puisque ce même baromètre révèle que les 15/60 ans passent – eux – en moyenne 1 h 42 par jour sur leur smartphone.

Le business du text neck

Le « text neck », que l’on traduit en français par « torticolis du mobile », est une théorie selon laquelle l’utilisation du smartphone aurait des effets délétères sur les vertèbres cervicales. C’est en Floride qu’est née cette idée, et c’est un dénommé Dean Fishman qui en est le père. Ce chiropraticien dit avoir diagnostiqué le premier cas de text neck chez un adolescent de 17 ans souffrant de douleurs cervicales qu’il attribua alors à l’utilisation excessive de son téléphone portable. S’ensuivit un juteux business pour ce praticien qui ouvrit son « Text Neck Institute » afin de traiter les patients souffrant de ce nouveau type de pathologie. Tout cela pourrait tomber sur le coup du bon sens si la science ne s’en était pas mêlée, et la théorie de Dean Fishman n’a, pour le moment, été validée par aucune recherche scientifique. Pis, une étude parue dans le European Spine Journal menée auprès de 150 jeunes gens âgés de 18 à 21 ans a révélé qu’aucun lien n’avait pu être établi entre l’utilisation du smartphone et d’éventuelles douleurs cervicales.

De bonnes pratiques à adopter

Si aucun lien n’a été établi entre l’utilisation du smartphone et les douleurs cervicales, il ne faut pas pour autant négliger sa posture et respecter quelques règles élémentaires. La tête pèse entre 4 et 5 kilos, et la charge sur le rachis cervical peut atteindre 27 kilos si la tête est penchée de 60 degrés vers l’avant, ce qui est loin d’être négligeable. D’une manière générale, il est préférable de privilégier les grands écrans plutôt que les petits, une étude a montré que l’utilisation d’écrans plus grands induisait une moindre flexion de la tête vers l’avant. En outre, quand cela est possible, surélever de quelques degrés la tablette et le smartphone aura un impact immédiat et direct sur les contraintes cervicales. Enfin, faire des pauses et pratiquer régulièrement des exercices d’assouplissement serait souhaitable pour lever les tensions qui s’accumulent dans les muscles cervicaux. Ces bonnes pratiques doivent par extension s’appliquer aussi bien aux étudiants qui passent des heures à étudier sur leur bureau qu’à ceux qui travaillent des heures durant sur un poste informatique.

https://www.lepoint.fr/sante/kine/demorand-le-torticolis-du-mobile-existe-t-il-07-01-2019-2283729_2467.php

Les commentaires sont fermés.