Idées reçues sur le mal de dos : comment s’en détacher ?

Par l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes http://www.ordremk.fr/actualites/patients/idees-recues-sur-le-mal-de-dos-comment-sen-detacher/

Il n’est pas un jour sans que les médias grand public ne véhiculent des idées reçues sur le mal de dos. Des informations délétères qui nuisent à la prise en charge du patient et entretiennent la kinésiophobie, c’est à dire la peur de la douleur  liée aux mouvements constituant ainsi une entrave à la rééducation qui prolonge l’invalidité et la douleur.

Quand on sait que tout le monde souffrira un jour du dos – à des degrés de douleur et de gravité variables, il importe de mieux comprendre le mal de dos et de lutter contre ces idées reçues.

Le mal de dos, toute une histoire !

Il s’agit d’abord de bien comprendre la lombalgie… ou plutôt les lombalgies. En effet, il n’existe pas un seul et unique mal de dos et de modes de prévention et de traitement uniformes. La multi-causalité des douleurs, leur intensité, leur durée ainsi que des facteurs psychosociaux inhérents au patient doivent être pris en compte. Ainsi, une douleur aiguë ne s’explique ni se traite comme une douleur chronique. Une cause mécanique et une cause inflammatoire ne se prennent pas en charge de la même façon, etc…

Si les causes des lombalgies sont multiples, toutes les explications communément véhiculées ne sont pas justes. Ainsi, la notion de “vertèbre déplacée” est erronée. Malgré le ressenti d’avoir “quelque chose de travers”, la vertèbre est bien à sa place et les douleurs peuvent le plus souvent trouver une explication mécanique – un manque de mobilité vertébrale,  ou musculaire – une contracture.

De même, le fait d’avoir “une jambe plus longue que l’autre” ne saurait être un facteur explicatif : personne n’est exactement symétrique !

On attribue souvent les douleurs lombaires au fait que les humains sont des animaux bipèdes et que leur colonne vertébrale ne s’est pas adaptée au cours de l’évolution à cette bipédie. Or la courbure de notre dos ne constitue pas un facteur de risque. La cambrure naturelle du dos serait plutôt protectrice et le terme de “lordose” ne doit pas effrayer !

Enfin, l’imagerie (radio, scanner, IRM) ne saurait à elle seule expliquer la gêne, le manque de mobilité ou les douleurs ressenties. Ainsi, on sait, par exemple en matière d’arthrose, que qu’il n’y a pas de corrélation entre l’état radiographique et la gêne éprouvée ou encore que l’on peut éprouver des symptômes de sciatalgie ou de cruralgie quand bien même l’IRM sera normale et n’objective pas de hernie discale.

En outre, même si cela est toujours plus confortable de trouver un coupable à ses douleurs, les actes d’imagerie menés en l’absence de signes d’alerte auraient tendance à augmenter le catastrophisme et la kinésiophobie chez les patients désormais convaincus, à tort, que leur dos est fragile, qu’il faut le ménager en évitant le mouvement et qu’ils ne récupéreront jamais intégralement leurs facultés…

La bonne posture… c’est la prochaine

Une certaine importance est souvent donnée à la correction de gestes, postures, et positions indolores de la vie quotidienne. Or, ces conseils ne reposent sur aucun fondement scientifique. Les messages ainsi délivrés vont même fondamentalement à l’encontre des soins qui se veulent actifs, physiques, et rassurants.

Comment pourrait-on d’un côté expliquer au patient qu’il doit s’étirer et se muscler car bouger va être bénéfique pour son dos, mais de l’autre que sa colonne lombaire doit rester alignée lorsqu’il effectue un mouvement aussi simple que de se relever de son lit ?

Interdire formellement et définitivement un mouvement ou certains types d’exercices est problématique. Si certaines contraintes méritent, en phase aigüe, d’être temporairement évitées, minorées, ou adaptées, elles doivent surtout  être ensuite réintroduites progressivement. C’est l’essence même de la rééducation, qui repose sur différents mécanismes d’adaptation du corps, aussi bien mécaniques que neurologiques.

Le fait d’adopter des techniques « ergonomiques » pour porter des charges lourdes, et même des dispositifs d’assistance, ne prévient pas les douleurs lombaires.

On comprend bien, alors que la meilleure prévention et que le meilleur traitement, c’est le mouvement quand bien même il ne serait pas complètement “juste”… Le fait de rester statique, de conserver de manière prolongée une position et d’entretenir la sédentarité est, en effet, bien plus néfaste.

La seule posture à éviter est celle que l’on adopte de manière stéréotypée lorsque l’on a mal au dos : celle légèrement courbé vers l’avant (déjettement antérieur) qui plutôt que de soulager la douleur risque de l’entretenir. Il conviendrait alors de se redresser afin de retrouver davantage d’amplitude et de renouer avec le mouvement naturel.

Il n’y a pas de sport interdit

On l’a dit : l’important en matière de prévention mais aussi de rééducation est de demeurer aussi actif que possible et de bouger régulièrement. En ce sens, et même si, en tout logique, la reprise se fera de manière progressive, il n’y a pas de sport interdit, ni de sport meilleur qu’un autre.

De manière contre-intuitive, le running pourrait même avoir un effet protecteur sur les disques intervertébraux. La natation et le yoga sont bénéfiques mais… comme tous les autres sports ! Le kinésithérapeute est tout à fait à même d’accompagner le patient dans sa reprise d’une activité physique qu’elle soit déjà pratiquée ou que le patient soit débutant.

La meilleure stratégie à adopter est de choisir un sport plaisir que l’on pratique de manière régulière et raisonnable. En effet, le mieux est l’ennemi du bien et il faut savoir trouver un compromis (ni trop, ni pas assez) entre la sédentarité et l’hyperactivité pouvant conduire au surentraînement tout aussi délétère. L’objectif est de s’entretenir, non de “performer” ou de dépasser ses limites.

Face à ces idées reçues confortant le patient dans une peur du mouvement et une angoisse d’irréversibilité, le rôle du kinésithérapeute devient également pédagogique : il est partie prenante de la stratégie d’explication et de réassurance nécessaires dans une démarche curative où le patient est acteur de son mieux-être.

Le meilleur conseil si vous souffrez du dos ? N’ayez pas peur de bouger et de vous focalisez pas sur vos radios, scanner ou IRM !

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