«J’ai une vertèbre déplacée» et cinq autres idées reçues sur le mal de dos

«J’ai une vertèbre déplacée» et cinq autres idées reçues sur le mal de dos

Deuxième motif de consultation en médecine générale, le mal de dos est très répandu. Il fait l’objet d’idées reçues profondément ancrées qu’il faut déconstruire pour ne pas passer à côté des bonnes solutions.

Au cours de leur vie, 8 personnes sur 10 en souffriront au moins une fois. Les causes de ce mal et les solutions pour y remédier sont mal connues du grand public, ce qui explique que de nombreuses idées reçues persistent. «On m’a remis une vertèbre en place, j’y retourne le mois prochain» ; «J’ai arrêté de faire du jogging, c’est mauvais pour mon dos» ; «Je préfère rester allongé pour ménager mon dos». Bien des personnes souffrant du dos se reconnaîtront sans doute. Et pourtant, toutes ces idées peuvent aggraver leur état. En voici six à déconstruire afin de corriger certains comportements néfastes et ainsi, mieux prendre en charge sa douleur.

Idée reçue n°1: «Le mal de dos est toujours dû à une blessure ou une lésion»

Une douleur au dos n’est pas systématiquement due à une lésion (hernie discale, dégénérescence discale, arthrose…). Au contraire, beaucoup de personnes ont ce type de lésions sans le savoir et sans pour autant ressentir de douleurs. Une étude publiée en 2015 dans l’American Journal of Neuroradiology a ainsi montré que parmi les personnes ne se plaignant pas de douleur du dos, un tiers a une hernie discale et 80% ont des anomalies des disques.

Dans la majorité des cas, les examens d’imagerie médicale telle que l’IRM et la radiographie ne permettent pas d’identifier la cause des souffrances. «Seuls 5 à 10% des personnes qui se plaignent de leur dos vont avoir un diagnostic basé sur ces examens», souligne Éric Bouthier, kinésithérapeute et auteur du blog «Comprendre son dos».

«L’hypersensibilité d’un nerf, c’est un peu comme si un système d’alarme incendie se déclenchait alors qu’il n’y a pas de feu.»

Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur

«La plupart des douleurs lombaires sont invisibles à l’imagerie médicale», abonde le Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). «Cela peut être lié à une contracture musculaire ou encore à des problèmes au niveau d’un ligament ou d’un nerf». Dans tous les cas, les nerfs sont impliqués car ce sont eux qui transmettent le message douloureux au cerveau. Quand ils sont stimulés, comprimés ou le siège d’une inflammation, une douleur peut se manifester. «Il arrive aussi que des nerfs deviennent hypersensibles: un tout petit stimulus va alors produire un message douloureux, explique le médecin. C’est un peu comme si un système d’alarme incendie se déclenchait alors qu’il n’y a pas de feu.»

Idée reçue n°2: «Le remède ne peut venir que d’un thérapeute»

«Il n’existe pas de solution miracle pour remédier au mal de dos», rappelle d’emblée Éric Bouthier. «Cela nécessite de modifier ses habitudes». Pourtant, nombreuses sont les personnes qui pensent qu’un simple passage chez le kinésithérapeute, l’ostéopathe ou le chiropracteur va suffire à améliorer leur état. «Les manipulations, les massages… Ce sont des solutions de facilité», estime le Dr Bailly. «Les traitements où le patient est passif peuvent effectivement avoir un effet bénéfique à court terme. Mais à long terme, le meilleur traitement pour combattre la douleur et pour éviter les récidives, c’est d’être actif.» Exercices d’étirements, renforcements musculaires, relaxation sont autant d’outils pour améliorer son état.

«Additionner des bénéfices à court terme ne donne pas un bénéfice global à long terme», note Éric Bouthier. C’est un peu comme une piqûre de moustique: on gratte afin de soulager ses démangeaisons, mais cette sensation finit toujours par revenir», résume-t-il. Le rôle du professionnel de santé doit être de guider le patient, de lui donner des clés pour bouger sans avoir mal. «Le patient doit se prendre en charge de façon autonome, il ne doit surtout pas tomber dans la dépendance vis-à-vis de son thérapeute», insiste le Dr Bailly.

«Additionner des bénéfices à court terme ne donne pas un bénéfice global à long terme.»Éric Bouthier, kinésithérapeute et auteur du blog «Comprendre son dos»Idée reçue n°3: «Si j’ai mal, c’est parce que j’ai une vertèbre qui s’est déplacée ou bloquée»

Idée reçue n°3: «Si j’ai mal, c’est parce que j’ai une vertèbre qui s’est déplacée ou bloquée»

«Sauf si un événement très grave se produit, comme un accident de voiture, il n’est pas possible de se déplacer une vertèbre», affirme le Dr Bailly. «D’autant que si l’une de ses vertèbres se déplace, la personne a de grandes chances d’être paralysée», ajoute Éric Bouthier.

Pourtant, de nombreuses personnes sont convaincues que le craquement qui se fait entendre lors d’une mobilisation manuelle est le signe que le dos a été remis en place. «L’amélioration n’est pas due à un déplacement des vertèbres», indique le Dr Bailly. «C’est exactement comme quand on fait craquer ses doigts: il y a un bruit, ça fait du bien, mais les os ne se déplacent pas pour autant». Si les manipulations du dos présentent «peu voire pas de danger», ce n’est pas le cas des manipulations cervicales. «Chez certaines personnes, Il y a un risque qui va du simple mal de tête à une dissection artérielle qui peut, elle, entraîner un décès», met en garde le rhumatologue.

«Sauf en cas d’événement très grave, comme un accident de voiture, il n’est pas possible de se déplacer une vertèbre.»

Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur

L’impression d’avoir une vertèbre bloquée ou déplacée vient du fait qu’il y a des muscles contracturés, tendus, qui empêchent cette vertèbre de bouger normalement. Pour y remédier, il faut faire des étirements afin de libérer la tension musculaire et ainsi redonner de l’amplitude de mouvement à la vertèbre.

Comment expliquer que ce craquement soulage la douleur? «Il y a un effet sur le système nerveux végétatif dans la zone manipulée», explique Éric Bouthier. «Les muscles vont se détendre autour des articulations mobilisées et on pense que cela modifie aussi la façon dont les messages nerveux sont transmis au cerveau.»

Idée reçue n°4: «Quand on a mal au dos, mieux vaut éviter de bouger»

Beaucoup de personnes pensent que le dos est fragile, qu’il s’use au fil du temps et qu’il faut éviter de le solliciter quand il fait mal. «C’est totalement faux», assène le Dr Bailly. «C’est ce qu’on préconisait jusqu’il y a quelques années, mais on s’est aperçu qu’il faut bouger autant que possible car cela renforce les muscles. Et prendre l’habitude de bouger permet de le faire de plus en plus facilement, dans n’importe quelle situation.»

«À court terme, le repos peut être intéressant mais à long terme, c’est néfaste», ajoute Éric Bouthier. L’activité physique est l’un des meilleurs antidouleurs dont nous disposons». Ce message fait d’ailleurs l’objet d’une campagne d’information de l’Assurance maladie depuis l’année dernière («Mal de dos? Le bon traitement, c’est le mouvement»). Une application mobile gratuite (Activ’Dos), lancée au même moment, propose une soixantaine d’exercices de relaxation, d’étirements et de musculation à réaliser au travail ou à la maison. Sur son blog «Comprendre son dos», Éric Bouthier délivre également des conseils pour se libérer du mal de dos chronique.

«Le mal de dos peut être accentué par le stress: plus les gens ont peur d’avoir mal, plus ils auront mal», explique le Dr Bailly. «Il faut les rassurer et leur montrer qu’il est possible de commencer par faire certains mouvements sans douleur.»

Idée reçue n°5: «Le meilleur sport pour le dos, c’est la natation»

C’est une idée reçue très ancrée: la natation serait le meilleur sport pour le dos et la course à pied devrait être proscrite. En réalité, «toutes les activités physiques sont bénéfiques pour le dos», rappelle le rhumatologue. «Autrefois, on disait qu’il fallait privilégier la natation car ce sport n’exerce pas de contrainte sur les disques intervertébraux. Mais les disques ne sont pas à l’origine du mal de dos».

«Il y a cette idée que les impacts liés au footing useraient progressivement le dos, mais il n’existe pas de preuve que ceux qui courent ont un dos en plus mauvais état que les autres», ajoute Éric Bouthier. En 2017, une étude australienne publiée dans la revue Nature a mis à mal cette idée reçue. Les chercheurs ont comparé les IRM de coureurs et de non-coureurs. Résultat? «Ils n’ont pas trouvé que les disques intervertébraux des coureurs étaient plus abîmés que les autres», constate le kinésithérapeute.

La seule règle: y aller progressivement et surtout, régulièrement.

«Toutes les activités physiques sont bénéfiques pour le dos»

Dr Florian Bailly, rhumatologue et médecin de la douleur

Idée reçue n°6: «Plus la douleur persiste, plus il faut aller loin dans les traitements»

«Les patients pensent souvent que plus la douleur persiste, plus cela nécessite des traitements lourds», estime le rhumatologue. Multiplication des examens d’imagerie médicale, médicaments antidouleur de plus en plus puissants, injections d’antalgiques opioïdes et opérations chirurgicales jalonnent cette escalade thérapeutique.

«Les médicaments ne permettent qu’une petite diminution de la douleur. Ce sont des aides ponctuelles, qui peuvent permettre de faire une séance de kinésithérapie ou de sport», indique le médecin. «Mais ça ne doit pas être la seule ressource de traitement car aucun médicament ne sait décontracter un muscle sur le long terme.»

Dans la plupart des cas, la chirurgie n’est pas non plus la solution: «Beaucoup de patients se font opérer pour leur hernie discale puisque c’est cela qui a été repéré à l’IRM», indique Éric Bouthier. Même si une chirurgie peut être indiquée dans certaines situations (en urgence dans de rares cas, ou pour certains patients avec une douleur persistante), il n’est pas rare que des douleurs persistent après la chirurgie.

«Quand la douleur persiste, il existe des programmes intensifs de réentrainement à l’effort, qui alternent des séances avec différents professionnels de santé. Il faut penser à ce type de solution et, bien sûr, à l’activité physique, plutôt que de systématiquement sortir l’artillerie lourde», conclut le Dr Florian Bailly.

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